L’entrevue porte sur le scandale CASA/SAAQClic, un projet de transformation numérique au gouvernement du Québec qui a connu des échecs majeurs ainsi que sur l’état général de la transformation “numérique”.
Elle rappelle les auditions de la Commission Galant (2022), où des dysfonctionnements ont été révélés, incluant des retards, des outrages au Parlement et des demandes de changements de leadership à la SAAQ (Société de l’assurance automobile du Québec).
Des extraits audio d’auditions sont diffusés, montrant des tensions entre ministres (comme Geneviève Guilbault) et responsables, avec des accusations de mauvaise gestion et un manque de continuité.Le rapport de la Commission Galant, initialement prévu pour le jour de l’entrevue, est reporté à février 2023 (date mentionnée : 16 février à l’édifice André-Laurendeau).
L’entrevue vise à éclairer les enjeux de gouvernance informatique et numérique au Québec.
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Stéfanie Vallée
Stéfanie Vallée est une doctorante et chercheuse à l’UQAC (Université du Québec à Chicoutimi), spécialisée en transformation numérique durable et audit de gestion.
Elle a vécu 10 ans en Chine, où elle a connu une numérisation avancée, et est revenue au Québec en 2020, choquée par le retard technologique.
Motivée par le rapport de la vérificatrice générale du Québec (VGQ) sur SAAQClic, elle a rédigé deux mémoires (un de 70 pages et un second déposé à la Commission) pour analyser les failles et proposer des solutions. Ses mémoires sont disponibles en ligne (liens partagés dans l’entrevue).
Analyse de quelques problèmes identifiés
- Retard Numérique au Québec :
- Stéfanie Vallée compare le Québec à un “espace-temps figé” par rapport à la Chine ou d’autres pays avancés. Le projet SAAQClic est symptomatique d’un échec systémique : coûts explosés (de 48 M$ à plus de 400 M$), retards, pannes massives affectant les citoyens (files d’attente, pertes économiques estimées à 100 M$/jour).
- Failles dans l’Audit et la Gouvernance :
- Le rapport VGQ est critiqué pour son manque de grille d’analyse adaptée à la transformation numérique (focus sur des aspects traditionnels comme les contrats, sans évaluer l’agilité, la cybersécurité ou l’intégration).
- Absence de gouvernance transversale : silos entre ministères, manque de leadership centralisé, et audits inadaptés aux projets agiles (vs. waterfall obsolète).
- Responsabilités :
- Critique envers Carmel Infant (ex-PDG de la SAAQ) pour son manque d’humilité et sa gestion, mais aussi envers la VGQ et le gouvernement pour un cadre légal obsolète (loi sur la gouvernance des TI datant de 2005).
- Problèmes incluent : sous-traitance excessive (80% des TI externalisées), manque de compétences internes, et influence des firmes comme McKinsey sans accountability.
- Impacts Sociétaux :
- Perte de confiance publique, inégalités (accès numérique inégal), et risques pour l’avenir économique du Québec (dépendance aux États-Unis, retard en IA et cybersécurité).
On est en train de devenir des colons du numérique parce qu’on n’a absolument pas compris cette richesse. – Stéfanie Vallée
Liens vers le mémoire
Résumé de la Chaire de Recherche du Canada Technologie Durabilité et Société: https://www.chairetds.ca/2493/
Mémoire complet:
https://www.chairetds.ca/wp-content/uploads/2025/11/memoire_casasaaqclic_svallee_final_nov2025-1.pdf
Recommandations de Stéfanie Vallée
- Création d’un Office Québécois de la Transformation Numérique Durable :
- Une entité indépendante, inspirée de modèles comme l’Office de la langue française ou des commissions historiques (ex. : Parent pour les cégeps).
- Rôles : audit continu, gouvernance transversale, formation, et intégration de l’éthique/IA/durabilité.
- Modernisation des Pratiques :
- Adopter des audits agiles, des OKR (Objectives and Key Results), et une maturité numérique mesurée (via CMMI ou indices ONU).
- Démocratiser le langage tech pour les gestionnaires, et prioriser les compétences internes sur l’externalisation.
- Autres Mesures :
- Réforme législative, investissement en formation (ex. : cybersécurité), et focus sur des projets modulaires plutôt que des “grands projets” monolithiques.
- Appel à une approche apolitique pour éviter la complaisance.
Attentes pour le Rapport de la Commission Galant
Stéfanie Vallée espère un rapport ambitieux, reprenant ses idées, sans se limiter à blâmer des individus.
Elle critique la prestation de Carmel Infant à la Commission et appelle à du courage pour des changements structurels. Le rapport devrait marquer un tournant historique, comme la Révolution tranquille.
Elle note que le sujet est absent des plateformes électorales, malgré son importance pour l’État.
Conclusion
L’entrevue se termine sur un appel à l’action : partager le mémoire, suivre le rapport, et impliquer les citoyens/politiciens.
Stéfanie Vallée invite aux échanges sur LinkedIn. Daniel Brisson souligne le risque d’un “dérapage” si le virage numérique n’est pas pris, et annonce une diffusion live du rapport.
L’échange est constructif, apolitique, et met l’accent sur l’urgence d’une transformation réussie pour l’avenir du Québec.